jeudi 25 août 2011

MONTSAUNES ET L'ESOTERISME TEMPLIER


MONTSAUNES ET L'ESOTERISME TEMPLIER

A Villandraut (Gironde), naît en 1264 un certain Bertrand de Got. (…) D’abord évêque d’Agen, puis archevêque de Bordeaux, il n’aura de cesse avant d’être évêque de St Bertrand du Comminges. (…)
Ce n’est pourtant pas Bertrand de Got qui sera à l’origine du toponyme de St Bertrand, mais Bertrand de l’Isle Jourdain (…). En visitant le trésor de St Bertrand le visiteur y admire, en particulier, un objet peu banal : une ‘corne de licorne’. Bertrand de Got vouait une véritable fascination pour ce vestige formidable d’environ 1,60m (en vérité une dent de narval : monodon monocéros), au point de s’en être fait sa crosse d’évêque… qu’il léguera sous condition exprès aux Comminges. Objet insolite que la superstition rendra peu à peu doté de pouvoirs magiques formidables. Par ailleurs de Got prendra le pseudonyme d’ " évêque à la Licorne ".
Le ‘Document RUBANT’ précise encore que Bertrand ait exigé, au moment de faire don de son ‘alicorne’ que trésor soit mis sous la garde, et la responsabilité, de trois chevaliers de la commanderie de Montsaunès. Ce texte (18e S.) précise que celui devenu, enfin, Clément V conservera toujours vif le souvenir de cet objet précieux, et s’en inquiétera régulièrement. (…)
Revenons maintenant un peu plus sur le point d’origine des trois chevaliers choisis pour cette veille : le site de Montsaunès.
A son habitude, l’Ordre du Temple n’établit pas la commanderie sans impératifs à la fois stratégiques militairement et commercialement, mais encore sur les plans cultuel et symbolique… La prise de Saragosse (1118), la cuisante défaite de Fraga (1134), motivent l’implantation de l’Ordre au premier appel de détresse des Comminges. Ch. Higounet résume clairement la situation " La commanderie de Montsaunès était, par sa situation et par ses biens, la plus importante du versant français des Pyrénées… la route des pèlerins, des marchands et des armées passait par ses portes " (Revue du Comminges, 1952).
Sur l’implantation de l’Ordre, à Montsaunès, les documents manquent curieusement, alors qu’ils abondent formidablement dès la seconde moitié du 12e S. (…)
Les avis divergent déjà en deux hypothèses (pour les plus tangibles) :
  1. L’Ordre s’installe en un lieu ou existe alors une église ‘Bénédictine’ avec une communauté laïque.
  2. Selon Higounet, le Temple serait à l’origine d’une structure humaine autour de sa maison aux environs de 1140. Quoiqu’il en soit de nombreux vestiges, du néolithique aux époques romaines seront retrouvés dans ce secteur… Ce qui n’exclut pas que le site eut été abandonné des romains, puis réoccupé au 12e S pour plus d’une raison logique !
Viennent ensuite deux variantes historiques :
  1. L. Dutil fait état d’un acte de 1142 par lequel le premier commandeur templier serait un ‘De Pins’ qui s’illustra au coté de Hugues de Payens en Palestine. La mère de ce Pèlerin de Pins était fille du comte de Comminges et épouse De Pins… d’où l’hypothèse de Dutil. ‘On’ dit que l’acte de 1142 aurait disparu des archives, ce qui suffira pour d’autres chercheurs de mettre en doute son existence.
  2. 2) M. Mondon constate, par le ‘Cartulaire des Templiers’ (A.D. de la Hte Garonne), que ce serait les mêmes templiers qui installèrent Montsaunès et La Nougarede en raison des graves ennuis de frontière à ce moment. La Nougarede assurant le contrôle du bassin de l’Ariège et Montsaunès des Pyrénées Occidentales.
Quoiqu’il en soit l’Ordre bénéficie très vite de nombreux dons qui feront de cette commanderie une véritable puissance autonome financière, terrienne et spirituelle jalousée tout au long de la durée de l’Ordre du Temple. Le cartulaire de Hte Garonne confirmerait que de 1161 à 1193, seuls des seigneurs de cette région auront la charge de commandeur à Montsaunès.(…)
L’église de Montsaunès est aujourd’hui le seul vestige, dans un état de conservation étonnant, de ce que fut la commanderie. (…) L’église, aurait été construite vers 1180. (…) Le plan de base est rigoureux et Mme F . Laborde le résume parfaitement : " une nef constituée d’un rectangle, sans bas-côtés, ni chapelles ; elle est divisée en quatre travées. Le chœur est à peine plus étroit que la nef, de forme hémicirculaire à l’intérieur, à onze pans coupés à l’extérieur. Une tour placée au nord, à la jonction entre le chevet et la nef, sert d’accès aux combles. " L’édifice est quasiment construit en briques rouges, hormis des chaînages, assises et adjonctions nombreuses dans le chevet et appareillages de tableaux d’ouvertures.
(...) Entrons à présent dans l’église. En regardant la voûte de l’édifice, la vue ne peut tout retenir tant le décor est varié précis et surprenant. Sur fond blanc de voûte étoilée se dessinent des symboles chers à l’Ordre : frises de motifs à damiers, séries de rouelles et rosaces à conjugaisons géométriques multiples, d’étranges fleurs de lys, représentations solaire et lunaire.
Dans la première travée (entrée principale), l’axe de voûte est orné d’une succession géométrique insolite. Dans le sens d’entrée : une barre horizontale ferme le haut d’une sorte de voûte ‘appareillée’ de 13 ‘pavés’ blancs dont 3 incomplets, l’arc s’achève en 2 ‘pavés’ noirs appuyant sur 2 colonnes (1 de part et d’autre) composées pour une de 12 ‘pierres’, et l’autre de 9 ‘pierres’. Ces colonnes reposent sur 2 petites figures géométriques à 5 côtés contenant chacun une volute équilibrée. Dans ce passage s’inscrit une longue croix (entre croix pattée et de Malte) ‘fichée’ sur une rouelle à 6 branches entourées de 9 triangles. Cette dernière figure encadrée de 2 lances ‘hautes’ se trouve, comme les colonnes, sur une volute ‘arabesque’ à inversion régulière. Le tout se situe sur un triangle à la base duquel s’inscrit un svastika d’où partent 9 triangles montant à une ultime rouelle de 6 pétales séparant, en 2, une couronne répartie en 10 compartiments d’un côté, et 13 de l’autre. L’ensemble de cette lecture se fait dans le sens d’accès dans la nef, soit : le Temps (horizontale) couvrant (‘tuilant’) la voûte aux 2 colonnes (accès) où un chrisme patté droit (et non pendule de Salomon) s'épanouit, ou se protège. Ce dernier encadré des lances de l’Ordre s’appuie sur l’énéade circulaire (sans cesse renouvelée) issue d’une rosace blanche sur fond sombre (dualité), elle-même sur la pile de 9 triangles commençant sur un svastika (mouvement du monde) tournoyant du blanc au sombre… de l’ocre rouge sang. Dualité du ‘Baucent’, chiffres 9 allant du chiffre de l’exclusion (sortie) à celui de la fondation de l’ordre (entrée)… le tout dans un symbolisme solaire gyrant donc revivifier et générateur ! Rien d’ésotérique dans cette représentation ? Notons que cet ensemble ne saurait avoir un but décoratif car assez peu harmonieux, équilibré ou à fonction cultuelle évidente à cet emplacement !
La seconde travée semble moins structurée que la précédente s’illustrant sur fond d’étoiles strictement ordonnées et alignées par des ‘cordeaux soulignant la régulière (dans l’Espace cette fois) mise en place des étoiles… toutes à 8 branches !
Cette seconde partie est inscrite sur fond d’étoiles ‘sans ordre’, pourrions-nous dire. Cependant 3 colonnes, en longueur, encadrent ce ‘chaos’ apparent. Ces colonnes, en effet, s’illustrent de lignes d’étoiles au cordeau. A gauche un soleil irradiant, à droite une lune en petit quartier montant. Dans le désordre stellaire voûté s’alignent strictement 3 X 3 rouelles de diamètres identiques, et 3 autres finales à tracés différents. A gauche, encore, 8 rouelles toutes différentes s’alignent en long pour terminer sur une succession ‘désorganisée’ d’arcs de cercles… reliée à la rouelle de 8 rayons. A droite, pas de succession de rouelles. Une longue fleur de lys, une rosace de 6 et des étoiles. A l’extrémité, une étrange construction géométrique englobe 2 cercles dont il semble, par effet d’optique, qu’ils contiennent chacun une figure à 5 branches tournantes. En vérité, cette vision est formée de 7 branches seulement pour les 2 cercles. Observons que le ‘chaos’ étoilé de cette travée est constitué d’étoiles à 6 et 8 branches. A l’étude, le désordre apparaît parfaitement orchestré et non le fruit d’une folie fiévreuse ou du plus pur hasard : une sorte d’univers inconstruit dans lequel s’articulent des figures géométriques justement crées. Enfin, au bout de l’axe de la nef s’inscrit un grand triangle. Celui-ci est cloisonné intérieurement par 20 compartiments contenant tous des ‘points’ en progressions régulières : 18 d’une part, et 17 de l’autre. Cet ensemble, sur cette seconde travée, donne un aspect incohérent… comme l’œuvre d’un peintre déséquilibré, toujours aussi peu décoratif, artistique ou… religieux. Observons que l’ensemble des décors de la voûte ne comporte aucun élément religieux… sauf si on accepte une lecture symbolique et ésotérique de l’ensemble. En ce cas cette vision découlera d’un seul schéma strictement réservé à l’usage de l’Ordre du Temple.
De cette ‘horizontale’ cintrée sur le haut du volume de la nef, passons aux ‘verticales que sont les murs. Le manque de place, ici, nous impose de résumer rapidement le tympan vertical séparant la nef du chœur. Trois ouvertures hautes donnent de la clarté au vaisseau de pierres. Dans les deux intervalles, des croix identiques à celle, au plafond, de la première travée. Sous l’horizontale des ouvertures, peu de décors à gauche sauf un visage rondelet auréolé ou chevelu. A droite, d’autres rouelles, rosaces, fleurs de lys ornent les cloisonnements. Nous retiendrons, toutefois, un empilage triangulaire de 7 traits (soit 6 espaces longilignes et 1 septième triangulaire à la base) se terminant à gauche par un pentacle droit lui-même ayant, à gauche, un empilage gigogne de 4 cercles.
A l’opposé, sur le mur tympan de l’entrée : A gauche du porche, en haut, 2 cloisonnements encadrent, en bas, une ‘Jérusalem Céleste’ avec 4 fleurs de lys ‘plantée’, au-dessus se trouve un chrisme encadré dans un ‘tailloir’ de triangles sombres. A droite de cette géométrie un rectangle subdivisé en 8 horizontaux et 5 verticaux, soit un nombre de 40 carrés tous tracés d’une diagonale. Dans ce rectangle carrelé en bas à gauche un carré de 3 comprend 9 carrés tracés des 2 diagonales. On pourrait trouver dans ce rectangle de carrés la déclinaison de la proportion idéale dite du ‘carré doré’, soit l’usage du célèbre nombre d’or… peu de chercheurs avanceront la thèse de ce qu’on appelle plus symboliquement le ‘carré long’. Au-dessus de cette figure au trait, un centaure semble chasser avec un arc et des flèches (une engagée, trois autres en attente). Devant lui, un chien l’accompagne. Les deux poursuivent une sorte de cervidé peint de l’autre côté de la grande rosace de lumière. L’ensemble de cette scène ‘vivante’ tranche avec la rigueur des décors tracés géométriquement jusqu’ici, exception faite de la face ‘rondelette’ côté chœur. Notons encore que hormis les 2 chrismes, rien n’évoque franchement un aspect religieux traditionnel et habituel. Plus bas, toujours sur le même mur de l’entrée, Adam et Eve sont près d’un arbre ou s’enroule le serpent…
Notons encore dans la 1ère arcade nord : un gigantesque ‘damier’ écrase un dragon crachant du feu. Au-dessous une scène de la pesée des âmes… 2ème travée nord : un enchevêtrement de figures géométriques laisse distinguer un Christ en majesté, ou Dieu, entouré d’anges et de personnages. Au-dessous une évocation de l’Enfer. A ce niveau les scènes deviennent à vocation religieuse.
Enfin, sur le bandeau de corniche, se déroule une série de niches peintes et garnies de grands personnages, des saints en l’occurrence, aussi des apôtres et des prophètes… dont, chose très rare, le prophète Balaam ! Maintenant observons un détail, sans doute, des plus insolites dans ces représentations picturales. En repartant du chœur vers la nef on distingue 4 fois 6 niches ‘à personnages’, toujours pour le côté nord. Les 2 premières séries de 6 contiennent toutes une représentation biblique. La 3ème série, sur 6 niches n’en a qu’une d’occupée. La 4ème est totalement vide de personnages… mais ! A la 4ème niche on trouve… une créature sombre, plus petite, semblant courir (opposition aux personnages figés) tenant une sorte de lance dans sa main droite. De plus avant les restaurations de ‘remise en état’ on distinguait nettement qu’il tournait son visage en arrière et regardait vers le chœur. On observait encore qu’il avait ‘fiché’ dans la tête, une sorte de coin triangulaire et jaunâtre… Depuis les magistrales restaurations tous les détails sont d’un gris sombre uniforme. Ce petit personnage se situe sur le dragon écrasé et le ‘jugement des âmes’.
(…) Quel monument de cette origine, en France du moins, peut prétendre détenir une pareille richesse témoignant de ce que fut l’ésotérisme templier ? (…) Les commanditaires templiers auraient-ils supporter des incohérences de cette envergure… s’ils n’en avaient été les seuls demandeurs ? Quels historiens, quels archéologues pourraient soutenir qu’il n’y a là aucune volonté de produire une extériorisation d’un symbolisme pour le moins particulier ou ésotérique ?
(…) L’église de Montsaunès détenait ce qu’il y a lieu d’appeler une ‘Porte des Morts’… (…)Un autre fait pour le moins surprenant doit être mis en lumière. Lors du dégagement du puits extérieur, près de l’église, fut faite une découverte insolite… (…) Il s’agit de 2 pièces de pierre de formes géométriques soigneusement finies et s’emboîtant parfaitement l’une sur l’autre de manière à former un ensemble précis. Si elles furent retrouvées au fond du puits en parfait état… c’est qu’elles y avaient été déposées et non précipitées. D’autres objets se trouvaient avec ces 2 pierres. Ces 2 appareillages, pas plus que le reste, ne seront jamais répertoriés, catalogués ni sauvegardés. Aucun écrit n’en fera jamais mention… pourtant l’une des pierres comportait une représentation partielle, mais précise, d’un détail peint de l’église. L’une des 2 fut immédiatement brisée, puis les morceaux incorporés dans des remplissages de maçonnerie. (…)
Qui nous parlera encore de cette corne de Licorne, illustrée dans les peintures de l’église, et qui semble reprendre la légende de Bertrand de Got… sinon pourquoi l’avoir peinte justement ici ? On peut encore se demander quelle pouvait être la véritable mission des 3 chevaliers de Montsaunès choisis par l’un des principaux responsables de la chute même du Temple ? Pourquoi ce flou dans l’histoire de l’implantation de l’Ordre en ce lieu… et pourquoi ne jamais préciser qu’à l’origine un très ancienne chapelle (avec crypte) se situait à cet emplacement… sous le vocable de Saint Andrew ? (…)

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