vendredi 28 janvier 2011

Rosslyn Chapel



Les origines de la Maçonnerie Ecossaise 
Spéciale « Rosslyn Chapel »





On a tellement raconté de balivernes sur Rosslyn Chapel…
La tête momifiée du Christ serait enterrée sous le pilier dit de l’apprenti, la sainte
arche perdue

y serait enfouie aussi, et puis le graal encore. Rosslyn serait l’un des 7 chakras 
géographiques de notre planète.Des connexions ont aussi été élaborées avec
les ovnis de Roswell. (La colline qui fait face à Rosslyn s’appelle Rosswell).
Récemment, le trop célèbre Da Vinci code a encore relancé les imaginations…
Les habitants de Roslin, le village de Rosslyn Chapel, se racontent entre eux une
 bonne blague :
 il suffirait maintenant de creuser une piscine sur le parvis de la chapelle pour enfin 
retrouver Nessie,le monstre du Loch Ness.
On a tellement raconté de balivernes sur Rosslyn Chapel… que l’on oublie de parler 
des véritables trésors de Rosslyn Chapel.
Parce qu’une fois de plus, la réalité est encore plus intéressante que la fiction…

La Collégiale Saint-Matthieu
La Chapelle de Rosslyn se trouve à peine à quelques kilomètres au sud d’Edimbourg.
 Il s’agit 
d’une magnifique construction de style gothique tardif, sûrement l’une des plus 
« extravagantes » 
que l’on connaisse en Ecosse.
Si l’architecture du bâtiment est assez conventionnelle, la profusion de sculptures 
ornementales
 (superbement réalisées) donnera lieu à toutes les interprétations symboliques 
imaginables.
Même si la date de fondation officielle de la chapelle est donnée pour être 1446, 
les travaux semblent 
avoir commencé dès 1440. Ils dureront une cinquantaine d’années mais ne seront 
jamais achevés.
En effet,  l’édifice que l’on peut voir aujourd'hui n'est en fait qu'une partie du projet
 initial, le choeur 
d'une plus grande construction cruciforme avec une tour en son centre.
Le véritable nom de la Chapelle de Rosslyn: Collégiale Saint-Matthieu, nous indique 
qu’elle était destinée 
à devenir un centre d’enseignement. Près d’une quarantaine d’églises collégiales ont
 été construites 
en Ecosse entre les règnes de James I et James IV (1406-1513) et leur importance 
comme leur facture 
devront toujours beaucoup à la richesse comme à la personnalité de leur fondateur.
Il faut dire que fondateur de Rosslyn Chapel, William Sinclair, 1st Earl of Caithness,
 3rd Earl of Orkney
 (jusqu’en 1470), Baron of Roslin, n’est pas n’importe qui, puisqu’il est réputé avoir
 été fait premier 
Grand Maître des Maçons par James II en 1441, un titre héréditaire que fera valoir 
en 1601 puis 
en 1628 son descendant Sir William Sinclair of Rosslyn, ce, avec l’assentiment
 de William Schaw, 
l’auteur des Statuts Schaw.
(Les Statuts Schaw sont en cours d’étude par notre frère 1er surveillant et les 
Chartes Sinclair vous seront
 bientôt présentées)
C’est encore un William Sinclair of Rosslyn qui deviendra le premier Grand Maître
de la Grande Loge d’Ecosse en 1736-1737…

La Famille Sinclair
blason sinclair
Les Armes
de la Famille St Clair

Mais qui est donc cette famille Sinclair qui entretient de telles relations avec
 la maçonnerie écossaise depuis près de six siècles ?
La famille Sinclair est depuis mille ans, l’une des plus grandes familles de la noblesse
 écossaise.
La famille Sinclair, ou Saint-Clair (St Clair, Santoclair, Sincler…) est d’origine normande.
 Elle tire son patronyme du village de Saint-Clair sur Epte situé entre Vernon et Gisors
 (une autre « coïncidence » à laquelle les « vendeurs de mystères » qui manquent
 souvent de culture n’ont pas pensé).
saint clair sur epte
St Clair sur Epte est un joli village du Vexin Français où fut signé en 911 un traité de paix avec le conquérant Normand Rollon.
http://www.saintclairsurepte.com
Le premier Sinclair à être arrivé en Ecosse s’appelait… William St Clair.
C’était en 1057, il était chargé d’accompagner de Hongrie en Ecosse, Margaret,
princesse saxonne promise à Malcolm III alors roi d’Ecosse.
malcolm margaret
Le Mariage de Malcolm III d'Ecosse avec Margaret de Hongrie
William se mettra au service du roi. Il sera tué en défendant les frontières écossaises
contre une attaque anglaise. Son fils Henry, premier St Clair né en Ecosse, recevra alors
du roi les terres de Rosslyn en 1070.
Ce même Henry participera à la 1ère croisade et à la chute de Jérusalem en 1096.
Bien sûr, les tenants de la thèse Templière de Rosslyn ont vite fait de dire qu’il fut fait
Chevalier du Temple, précisant même que ce fut  à Balantrodoch en 1129.
Malheureusement, notre Henry St Clair, né en 1060, est décédé en 1110. Soit 8 ans
 avant la création de l’Ordre du temple et 19 ans avant son initiation…
Les Sinclair prospèreront en Ecosse, toujours proches du pouvoir royal, donnant aussi
evèques et archevèques à l’église écossaise.

Et maintenant, une histoire d’amour et d’action à Roslin…
dalhousie sinclair
1296. Les Anglais ont envahi une partie de l’Ecosse. Edward I d’Angleterre envoie
John de Segrave pour gouverner l’Ecosse. Là, au cours de cette brève mission, il
succombe à la beauté de l’écossaise Margaret Ramsey of Dalhousie. Il en tombe
amoureux. Mais la belle Margaret s’est promise à Henry St Clair de Rosslyn.
En 1302, apprenant que le mariage de Margaret et Henry allait bientôt être célébré,
il convainc Edward I d’intervenir, arguant que ce mariage allait encore rapprocher
 l’Ecosse de la France (ce qui au passage montre, mais nous y reviendrons, à quel point
la famille Sinclair était proche de la France).Segrave entre en Ecosse fort d’une armée
de 30 000 hommes, avec comme destination les terres de Sinclair.
Ce sera la bataille de Roslin.
8 000 écossais viendront à bout de 30 000 anglais et Henry épousera Margaret…
Henry, appelé Henry le Patriote, sera le compagnon d’armes de William Wallace
et de Robert the Bruce dans les guerres d’indépendance de l’Ecosse. Il sera même
 l’un des signataires de la déclaration d’Arbroath, la déclaration d’indépendance
 écossaise.

Son petit-fils, Henry St Clair de Rosslyn (c1345 - c.1400) sera lui aussi un sujet
 de légendes. Cet explorateur aurait voyagé non seulement vers le Groenland, mais
 il aurait été jusqu’en Amérique.D’ailleurs, quelques uns ont vu dans certaines
décorations sculptées de Rosslyn Chapel des épis de maïs et des cactus aloe vera,
 prouvant ainsi la découverte de l’Amérique par Henry St Clair plus d’un siècle
 avant Christophe Colomb.
Il s’agit bien sûr de théories très, très hypothétiques, basées sur des lettres publiées
 en 1558 (donc après les découvertes de Colomb) dont l’authenticité n’a jamais été
 prouvée.Ce qui n’exclue pas d’ailleurs que l’Amérique ait pu être « visitée »
 avant Colomb, mais il s’agit là d’une autre histoire.
Quant aux épis de maïs ou aux aloe vera à Rosslyn, il faut beaucoup d’imagination
 pour donner à ces motifs floraux assez classiques dans le floréaire médieval
une origine américaine.


William Sinclair of Roslin (1404-1482), fondateur de Rosslyn Chapel.
Mais venons-en au fondateur de Rosslyn Chapel, le petit-fils d’Henry l’exporateur,
William, Sinclair of Roslin.
William Sinclair of Roslin sera l’un des lords –si ce n’est le lord- le plus puissant et
 le plus fortuné d’Ecosse.Issu d’une famille au prestige reconnu de tous, ayant
participé à toutes les batailles écossaises. C’est un proche du roi, sa sœur est même
 mariée au frère de James III.Il est rapporté que « in his house he was royally served
 in gold and silver vessels, in most princely manner » et que concernant sa seconde
épouse, Elizabeth, « none matched her in all the country, save the Queen'sMajesty »
Il fut Lord High Admiral of Scotland et Lord Chancellor of Scotland
Sans doute à cause de ses origines familiales, mais aussi parce que nous sommes en
 pleine « Auld Alliance »,William Sinclair sera toujours très proche de la France.
C’est d’ailleurs lui qui sera choisi par le roi pour accompagner la Princesse Margaret
en France de 1454 à 1458.Sir William était un noble cultivé. Il possédait l’une des
 plus vastes bibliothèques d’Ecosse. Il détenait aussi un important scriptorium où
 l’on recopiait et traduisait des ouvrages venus de toute l’Europe.
Le fait est à souligner quand on sait que l’on retrouvera souvent dans la chapelle
des thèmes identiques à ceux que l’on peut voir sur les enluminures des livres
de l’époque. Comme quoi il ne faudra souvent pas chercher très loin les significations
des sculptures de Rosslyn…
La source documentaire principale que nous ayons sur les détails de la vie de William
Sinclair et de la construction de la Chapelle de Rosslyn est le Père Richard
Augustine Hay, du Canon de Sainte-Geneviève à Paris et Prieur de Saint-Piermont.
Il a examiné les registres historiques et les chartes des Saint-Clair et a
 rédigé trois volumes d'études en 1700, quelques parties furent publiées en 1835
en tant que Généalogie des Sainteclaires de Rosslyn. Ses recherches sont capitales
puisque de nombreux documents originaux ayant servi à sa rédaction ont disparu
peu après.Voici ce que le Père Hay dit du fondateur de la chapelle:
"Le Prince William, son âge le faisant souffrir, vint à considérer les années qu'il avait
passées, et comment il allait employer ses jours restants (notons que William n’a à
cette époque qu’une quarantaine d’années).C'est pourquoi, sur la fin de sa vie, afin 
qu'il apparaisse reconnaissant à Dieu pour les bénéfices qu'il avait
 reçus de lui, il lui vint à l'idée de construire une maison au service de Dieu, du plus 
curieux ouvrage; et afin qu'elle puisse être réalisée dans la plus grande gloire et 
splendeur il fit amener des artistes de toutes les régions et de tous les royaumes 
étrangers, et fit en sorte d'avoir grande quantité de maçons, 
charpentiers, forgerons, terrassiers et tailleurs de pierres... Il démarra la fondation 
de son oeuvre en l'an de Grâce 1446, et jusqu'à la fin, le travail fut des plus fins, 
il commença par faire faire des esquisses sur des planches à tracer de bois oriental, 
qu'il donna ensuite à sculpter par des charpentiers qui suivaient
 les esquisses, sculptures qu'il donna ensuite aux maçons pour servir de modèles, 
afin qu'ils puissent les faire apparaître tels quels dans la pierre; et parce qu'il trouvait 
que les maçons n'avaient pas d'endroit convenable où loger... il leur fit construire la
 ville de Rosline qui est aujourd'hui existante et donna à chacun une maison et
 des terres. Il récompensa les maçons suivant leur grade; ainsi au Maître Maçon,
 il donna jusqu'à 40 livres de salaire annuel, et aux autres, 10 livres..."


Roslin, ville de maçons.
William Sinclair pour faire face aux travaux ambitieux de ce qui devrait être une église collégiale
 (et non une simple chapelle), mais aussi à la reconstruction de son château détruit par le feu en 1447,
 cristallisera autour de Roslin le meilleur de la maçonnerie écossaise mais aussi européenne. Allant jusqu’à
 créer le village de Roslin qui ne tardera pas à devenir « burgh of barony » dès 1456 par une charte 
du roi James II.
L’activité du village dût être importante car comme le précise Hay, il tenait marché tous les samedis 
et organisait même une foire annuelle à la Saint Simon.
Le lieu devint même très prospère « the chiefest town in all Lothian, except Edinburgh and Haddington,
 and became very populous by  the great concourse of all ranks and degrees that resorted to the Prince 
at  his Palace or Castle, for he kept a great Court.»
Il est clair que réaliser de tels travaux, en pleine campagne, sur près de 50 ans, imposa forcément la mise 
en place d’une logistique importante comme la création d’une nouvelle communauté.
Jusqu’à cette période, les grands travaux de ce type étaient plutôt réservés aux villes importantes, 
comptant déjà en leur sein leurs propres hommes du métier et structurées pour accueillir un certain flux 
de population supplémentaire.
Ensuite, il semble évident que si de nombreux corps de métiers devaient êtres présents à Roslin, les maçons
 devaient y êtres très majoritaires.
Rappelons aussi qu’à ce moment de l’histoire de l’Ecosse, nous sommes dans une phase de prospérité 
de calme relatif avec le voisin anglais.
Et surtout, comme nous l’avons vu lors de nos précédents travaux, il s’agit là de la période ou les métiers
 s’organisent, notamment, bien sûr la maçonnerie. Les incorporations de métier se développent 
(The Incorporation of  Masons and Wrights à Edinbourg en 1475).
C’est dans ce contexte que William Sinclair bâtira Rosslyn Chapel.
Un Wiliam Sinclair que l’on a vu très impliqué dans la construction, puisqu’il n’hésite pas à dessiner 
lui-même.
Un William Sinclair que l’on dit avoir été nommé par James II Grand Maître des Maçons en 1441.
Si l’on a pas de trace effective de cette nomination, force est de reconnaître que 160 ans plus tard,
 les maçons eux-mêmes reconnaitront ce patronage à son descendant : « Qu'il soit connu à tous les hommes
 par la présente, par nous diacres, maîtres, hommes libres des Maçons dans le pays de l'Ecosse, avec 
le consentement exprès et l'assentiment d'Ilias Schaw, Maître des Travaux, que notre Lord Souverain 
tel qu'a été observé pendant des siècles parmi nous, que les Lords of Roslin ont toujours été Patron et 
Protecteur de nous et nos privilèges, comme nos prédécesseurs ont obéi et accepté comme Patrons et
 Protecteurs… » Charte accordée par les Maçons de l'Ecosse à William Sinclair of Roslin en 1601.
27 ans plus tard, ces mêmes maçons ou plutôt leurs successeurs renouvelleront cette reconnaissance 
« Qu'il soit connu à tout le monde par la présente, que nous, les diacres, maîtres, hommes libres 
des maçons et marteleurs, dans le royaume d'Ecosse, comme pendant des temps il a été respecté parmi 
nous et nos prédécesseurs, que les Lords de Roslin ont toujours été patron et protecteur de nous et 
nos privilèges, comme nos prédécesseurs les ont obéis, révérés et reconnus comme patrons et protecteurs,
 dont ils possédaient des lettres de protection et d'autres droits concédés par les progéniteurs bien 
mémorisés et les plus nobles de Sa Majesté, qui avec beaucoup d'autres des Lords de Roslin, étant donné 
que son document a été consumé et brûlé dans une flamme de feu dans le château de Roslin… »
La question qui se pose n’est pas tellement de discuter du bien fondé de ce patronage mais plutôt de son 
contenu. Comment notre William Sinclair a-t-il exercé ce patronage des 1446 ? Et qu’a-t-il apporté à
 la maçonnerie ?
On remarquera que la date donnée de sa nomination (1441) comme Grand Maître de Maçons coïncide
 avec le tout début de premiers travaux de Rosslyn Chapel (1440).
A-t-il construit Rosslyn avec une telle ambition pour répondre à sa nomination ou a-t-il été nommé 
Grand Maître de Maçons parce qu’il avait un tel projet ?
A quel point ses moyens financiers et politiques, mais aussi la personnalité d’un homme aussi puissant 
ont-il pu influer sur le Métier ?
« William Sinclair s’est énormément investi dans la construction de Rosslyn » nous dit Hay. Ce sera l’œuvre
 d’une vie, une œuvre qui s’arrêtera à sa mort d’ailleurs, puisqu’après son inhumation dans la chapelle,
 son fils Oliver arrêtera les travaux après avoir fait la toiture des bâtiments construits.


Les mystères de la Chapelle de Rosslyn.
Passons maintenant aux fameux mystères de la Chapelle de Rosslyn…
Concernant l’édifice lui même.
On peut lire ici et là qu’il a été réalisé selon le plan du temple de Salomon.
C’est faux. On connaît si bien le plan actuel que le plan général du projet initial. C’est simple. Rien à voir. 
On se demande encore comment certains peuvent écrire de telles sottises alors que tout cela est clairement
 vérifiable.
Le cœur que nous connaissons aujourd’hui est en fait très proche au niveau de la conception de celui de
 la cathédrale de Glasgow, mais en plus petit. Le département d’histoire de l’université de Glasgow qui 
a longuement étudié le sujet en donne toutes les preuves à celui qui veut bien se donner la peine de
 se documenter un peu.
Certains détails architecturaux rappellent Melrose Abbey et il est fort probable que John Morrow 
(dont nous avons parlé lors de notre précédente étude) ou ses élèves aient participé à la construction.
Concernant les décors sculptés de la chapelle.
Il est extraordinaire de voir ce que l’on a pu faire dire à ces sculptures. On est tellement choqué par
 les inepties que l’on peut entendre que l’on en oublierait de relever le plus important : que ces décorations sont absolument magnifiques.
Qu’elles soient toutes d’un symbolisme particulier. C’est certain. Mais n’importe quel historien de l’art
 roman et gothique, un peu averti, les décryptera assez aisément sans qu’il soit besoin de recourir à 
des délires maniaco-symboliques ne reposant sur rien sinon sur des visées sensationalistes.
Les représentations sculptées de Rosslyn Chapel abordent des sujets très classiques que l’on retrouve 
un peu partout en Europe comme sur les enluminures des livres que possédait William Sinclair. 
Elles avaient pour mission selon une codification très précise et connue de tous à cette époque d’instruire le
 Chrétien.
Ce n’est pas parce que nos contemporains, baignés dans une culture fort différente ne comprennent plus 
rien à ce langage qu’il faut lui faire dire n’importe quoi….



Le Chapiteau de l’Initié
Nous n’aurons pas le temps ici de rentrer dans le détail de ces décryptages, ce qui est bien dommage.
Nous nous contenterons de prendre pour exemple un des chapiteaux de Rosslyn Chapel qui a fait couler
 le plus d’encre et qui concerne plus directement la Franc-Maçonnerie.
Il s’agit d’un chapiteau situé à l’extérieur de la chapelle sur la première fenêtre (en partant du sud ouest).
 Si la sculpture a subi l’érosion du temps, on y voit malgré tout assez clairement un homme à genoux, 
les yeux bandés, la main sur la bible ( ?),  une corde autour du cou tenue par un autre homme situé derrière
 lui.
rosslyn initiation

Bien sûr, la vision est des plus surprenantes pour un Franc-Maçon tellement elle rappelle un moment précis
 de notre initiation.
Bien évidemment, certains comme le Dr Robert Lomas, auteur du trop fameux livre « La Clé d’Hiram » 
ont plongé sur l’aubaine, annonçant la preuve faite de la connexion entre les Templiers et 
la Franc-Maçonnerie.
Nous reviendrons tout à l’heure sur les Templiers, mais il est temps de dévoiler ici un mystère qui n’en
 est pas un.
La Clé que Robert Lomas n’a pas trouvée était tout simplement dans la Bible. Elle n’était pas cachée et tout
 chrétien du XVème siècle y aurait pensé immédiatement en voyant ce chapiteau, parce que, lui,
 il connaissait la Bible :
Luc, Chapitre 22 versets 63 et 64
Un homme à genoux, les yeux bandés, une corde autour du cou…
J’ai dû trouver une bonne dizaine de tableaux, de gravures ou… d’enluminures représentant ce sujet-là 
entre le XIIème et le XVIème siècle. Des oeuvres signées Dürer, Fra Angelico, Grünewald ou Duccio 
par exemple, exposées dans les plus grands musées du monde.
Mais qui a fait la recherche, en se plaçant dans la perspective culturelle de l’époque ?
Un homme à genoux, les yeux bandés, une corde autour du cou… est à l’évidence pour le Chrétien 
du XVème siècle la représentation du Christ outragé et humilié. « Mocking the Christ ».
Bible anglaise de Wyclif en 1380 :
63 And the men that helden hym scorneden hym, and smyten hym.
Et les hommes qui le tenaient, se moquèrent de lui et le frappèrent
64 And thei blynfelden hym, and smyten his face, and axiden hym,
Et ils lui bandèrent les yeux et le frappèrent au visage et lui demandèrent
and seiden, Arede, thou Crist, to vs, who is he that smoot thee?
Et dirent, prophétise , toi Christ, qui est celui qui t’a frappé ?
Bible de King James :
63 And the men that held Jesus mocked him, and smote him.
64 And when they had blindfolded him, they struck him on the face, and asked him, saying, Prophesy,
 who is it that smote thee?
La preuve. Les preuves.
La question pour un Franc-Maçon du XXIème siècle, à la vue d’un tel chapiteau, ne devrait pas être
 anachroniquement : s’agit-il d’une initiation d’un Franc-Maçon en 1450 mais bien plutôt : en quoi 
cette scène a-t-elle pu inspirer nos prédécesseurs maçons ? Peut-il y avoir eu une transmission même 
partielle et déformée de cette allégorie, et comment ? Enfin, peut-il y avoir une dimension christique, 
de cet ordre, à ce moment de la cérémonie que nous pratiquons aujourd’hui ? Mais il s’agit là d’un tout
 autre débat, sûrement plus difficile encore…

Le Pilier de l’Apprenti
Puisque nous sommes dans les allégories maçonniques, il est sans doute temps de parler ici du fameux
 pillier dit « de l’apprenti » à Rosslyn Chapel.
Le Pilier de l’apprenti, ou plutôt Pilier du Prince puisque c’est sous ce nom qu’il est originellement désigné,
 est l’une des pièces maîtresse de la chapelle. Son fût est le seul de la chapelle à être magnifiquement 
ouvragé d’un décor floral torsadé.
La légende raconte que « … un modèle de ce pilier fut envoyé de Rome ou de quelque autre lieu à l’étranger
, à la vue de celui-ci, le maître-maçon refusa de travailler sur un tel pilier sans s’être rendu à Rome ou 
en quelque autre lieu à l’étranger pour réaliser une inspection précise du pilier dont le modèle avait été tiré;
 en son absence, un Apprenti finit le pilier tel qu’il est aujourd’hui : et le maître à son  retour, voyant le pilier
 si superbement achevé s’enquit de qui l’avait réalisé ; et poussé par la jalousie, tua l’apprenti. »
 « …a model of this pillar had been sent from Rome, or some foreign place, the master-mason upon viewing
 it, would by no means consent to work off such a pillar, till he should go to Rome, or some foreign part, to
 take exact inspection of the pillar from which the model had been taken; that, in his absence, whatever 
might be, the occasion of it, an Apprentice finished the pillar as it know stands: and that the master upon
 his return, seeing the pillar so exquisitely well finished made enquiry who had done it; and being stung with envy, slew the apprentice. » « An Account of the Chapel of Roslin » Robert Forbes, 1774
On a bien évidemment vu ici une légende qui pourrait bien être un matériau ayant nourri la légende 
d’Hiram…
Etrangement, cette légende n’est citée à aucun moment par le Père Richard Augustine Hay qui avait 
eu accès aux documents originaux de la famille Sinclair. Elle apparaît en 1774 dans une petit opuscule édité
 par l’évêque Episcopalien Robert Forbes « An Account of the Chapel of Roslin ». Elle sera aussi reprise 
dans une version piratée par James Murray en 1778.
On se dit à ce moment que, si l’on considère que la légende d’Hiram telle que nous la connaissont semble
 s’être formée aux alentours des années 1725/1730, c’est avec 50 ans de retard que surgit cette légende de
 Rosslyn.
Pourtant, la lecture de l’ "Account of a Tour in Scotland" de Thomas Kirk daté de 1667 se révèle bien plus
 surprenante :  « …Deux miles plus loin, nous avons vu Roslen Chapel, d’une très jolie facture, mais qui 
ne fut jamais terminée, le chœur seulement et une petite crypte… on nous a raconté cette histoire, que 
le Maître constructeur partit sur le continent pour voir de bons dessins, mais avant son retour son apprenti
avait construit un pillier qui dépassait tout ce qui avait pu être fait, il le tua donc ; on nous montra la tête 
de l’apprenti sur le mur avec sa blessure sur le front et la tête du maître à l’opposé »
"Two Miles Further on we saw Roslen Chapel, a very pretty design, but was never finished, the choir only
 and a little Vault. The roof is all stone, with good imagery work; there is a better man at exact description
 of the stories than he at Westminster Abbey: this story is told us, that the Master builder went abroad to
 see good patterns, but before his return his apprentice had built one pillar which exceeded all that ever he
 could do, or had seen, therefore he slew him; and he showed us the head of the apprentice on the wall with
 a gash in his forehead and his master's head opposite him." Thomas Kirk, "Account of a Tour in Scotland"
 1677.
Cette légende aurait donc très bien pu inspirer notre légende d’Hiram puisqu’elle est rapportée de façon
 certaine environ 60 ans plus tôt.
Quelques recherches sur le sujet nous apprenent vite que de nombreuses légendes similaires existent
 un peu partout. Celle du « Prentice Bracket », le crochet de l’apprenti à Gloucester Cathedral met aussi 
en scène un Maître qui tuera son apprenti. Celle de Lincoln Cathedral nous rapporte comment un Maître
 dépassé par son apprenti se tuera lui même. Bernard E. Jones cite celle du  minaret de l’apprenti de
 la  Mosquée de Damiette en Egypte (dont, j’avoue, je n’ai trouvé aucune trace).
Mais la légende concernant le vitrail de l’apprenti de l’abbatiale St Ouen à Rouen est surement celle qui 
suscitera pour nous le plus d’intérêt. La légende dit que, fou de jalousie, le Maître tua son apprenti 
parcequ’il avait réalisé une rose beaucoup plus belle que la sienne. Outre la similarité de l’histoire, 
il est surprenant d’apprendre aussi que la rose en question est celle qui inspira celle de Melrose Abbey
 (Murray). Melrose Abbey dont de nombreux éléments architecturaux font penser que selon toute 
vraissemblance, les constructeurs ont participé à l’édification de Rosslyn Chapel. Soulignons aussi que 
les Sinclair sont originaires de Normandie (Saint Clair sur Epte est à 50 km de Rouen).
Quoi qu’il en soit, ce matériel mériteraient une étude plus approfondie. Puisqu’il faut bien le dire
 l’apparition dans notre Franc-Maçonnerie de la légende d’Hiram reste encore bien peu claire.
Voir à ce sujet l’article fort documenté de Roger Dachez « Hiram et ses Frères » dans Renaissance 
Traditionnelle


Tout cela ne doit pas faire oublier
que tout d’abord, Rosslyn Chapel est un véritable joyau architectural.
Mais aussi, pour ce qui nous préoccupe plus directement, que les liens entre Rosslyn Chapel et
 la maçonnerie écossaise sont certains. Et que notre Franc-Maçonnerie prend sans doute l’une de 
ses nombreuses racines à Rosslyn.

Philippe Rivayrand 
Juin 2006

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