dimanche 30 janvier 2011

L'Abraxas Panthée




Formule magique et sacrée, Abraxas est, dans la Gnose grecque, le nom du dieu de l'année. Son origine est issue des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreu, et fait référence aux sept planètes, aux sept archanges, aux sept péchés, aux sept jours, etc. Décomposées selon le système grec de numérotation, puis additionnées, les sept lettres du terme donne le nombre du cycle annuel, soit 365.
Il est donc le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec (MEIOPAE), donne aussi 365.

Les Abraxas se présentent sous la forme d'intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes soit montées en bague, portée par les chrétiens gnostiques, puis par les maîtres du Temple qui l'utilisaient souvent comme contre-sceau, soit utilisées en sceaux. Ces pierres précieuses remontent au II siècle apr. J.-C., à une époque où vécut le célèbre philosophe gnostique Basilide d'Alexandrie dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte; certaines données de cette doctrine se retrouvant dans celle du Temple.

Ce dernier utilisa les Abraxas dès la période de Hugues de Payns, lequel en hérita de la famille des comtes de Champagne qui en réactiva l'usage. Car l'emploi de l'Abraxas ne fut nullement l'apanage des seuls Templiers. Son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse.




L’Abraxas Panthée figure en son centre un personnage à tronc d’homme, à tête de coq levée et scrutant le soleil, et dont les jambes sont deux serpents. Le personnage a le bras dextre écarté du corps, laissant voir l’intérieur d’un bouclier, et il tient en main gauche (senestre) un fouet. Il porte un petit tablier, de la dimension d’un tablier maçonnique...

L’étude des sceaux qui figurent au bas des actes des Templiers est du plus haut intérêt. Les deux plus célèbres proviennent de la « boule » et représentent d’un côté le « dôme du Rocher » (la mosquée d’Omar, où les Templiers s’étaient installés) et de l’autre « deux chevaliers sur un même cheval », figure dont le sens a une évidente signification astrologique, et sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Au XIIIe siècle, les deux sceaux furent séparés pour des raisons d’efficacité administrative. Le Maître général prit le Dôme (qui fut appelé "tube") et le visiteur cismarin (qui gérait l’Ordre en Europe) prit la marque aux deux chevaliers. Mais un troisième sceau parut, qui fit couler beaucoup d’encre : l’Abraxas Panthée. Son mystère tient à sa forme et à sa fonction.

Sur le plan de la forme, l’Abraxas Panthée figure en son centre un personnage à tronc d’homme, à tête de coq levée et scrutant le soleil, et dont les jambes sont deux serpents. Le personnage a le bras dextre écarté du corps, laissant voir l’intérieur d’un bouclier, et il tient en main gauche (senestre) un fouet. Il porte un petit tablier, de la dimension d’un tablier maçonnique. Autour du personnage, on trouve une rangée verticale de sept étoiles (sur le sceau ici reproduit) et les lettres grecques Iota Alpha et Oméga. Le pourtour du sceau est frappé de la croix du Temple, en haut, avec la mention circulaire Secretum Templi.

Sur le plan de la fonction, cette marque est un contre-sceau. Sa fonction est d’apporter un élément d’authenticité supplémentaire pour le destinataire de l’acte. Il circulait en effet de faux documents Templiers, conçus par des faussaires, et l’Ordre avait besoin de renforcer la valeur probatoire de sa signature. On a donc rajouté ce troisième sceau en plus des deux de la boule.

Livrons nous maintenant à une réflexion analytique. Une telle image propagée dans un ordre de moines-soldats chrétiens ne manque pas de surprendre. On a en effet retrouvé des intailles de l’époque gnostique alexandrienne (du IIe au IVe siècle) qui portent exactement le même dessin.



La référence symbolique à un culte solaire est évidente. Le coq, animal qui salue le soleil levant, a la tête levée vers l’astre du jour. Ses pieds de serpents traduisent la condition chtonienne de l’homme déchu et lié à la terre, mais conservant dans son cœur le « souvenir de Dieu ». Il est donc évident que pour le sceau Abraxas, les Templiers ont délibérément utilisé des objets gnostiques, donc hérétiques…, ce qui laisse à penser qu’au XIIe siècle le mouvement gnostique n’était pas éteint, mais qu’au contraire il était assez puissant pour entretenir des relations avec le Temple. Mais au fait, avec quel Temple ? S’agit-il simplement d’un contre-sceau pour lutter contre des faussaires ? Pour être franc, cela n’aurait pas suffi à bloquer leur ardeur falsificatrice. Il pourrait s’agir aussi de la marque d’une autre partie plus discrète de l’Ordre, celle qu’on appelle parfois « l’Ordre noir », cénacle intérieur discret et secret. A l’appui de cette thèse, il y a la mention secretum templi. Dans ce cas le mot secretum signifierait « secret » et ne serait pas une abréviation de secretarium. On y ajoutera que le nombre d’étoiles peut varier d’un sceau à l’autre, ce qui traduirait la position de l’émetteur dans la hiérarchie secrète.

La figure centrale en est un être composite réunissant un buste et des membres supérieurs d'homme, le buste vêtu d'une cuirasse à l'antique, les bras étant nus. La tête est celle d'un coq, bec droit ou levé vers le ciel, tournée vers la droite ou vers la gauche. Les membres inférieurs sont constitués de deux serpents recourbés vers le haut. Le monstre tient deux objets, une rondache dans la dextre et un fouet ou flagellum dans la sénestre, parfois remplacé par un bâton. Cette curieuse figure cumule plusieurs symboles de nature "mythicodivine" dont la valeur initiatique ne pouvait pas échapper aux Templiers.




D'abord les deux symboles complémentaires que sont le coq - qui remplace en l'occurrence l'aigle et le serpent. Symbole de la sagesse et de la vigilance, le coq, par son chant, chasse les ténèbres et permet au soleil de se lever et de briller. Il incarne l'Initié qui renaît après la mort initiatique de la nuit à la lumière d'une vie nouvelle et purifiée de toutes les souillures.
Le serpent, incarnation des forces telluriques et chthoniennes, symbolise ici l'énergie tellurique nécessaire au processus de renaissance, de vie nouvelle sublimée par la Connaissance que procure le Bien, les têtes de serpents regardant vers le ciel, l'univers de l'Esprit parfait. Par ses mues périodiques, le serpent est le signe du perpétuel mouvement originel et de l'éternelle succession des cycles.
La cuirasse à l'antique indique la nécessité de lutter pour acquérir la Connaissance et la Sagesse qui ne sont jamais données mais conquises. La rondache, qui porte souvent les lettres grecques I A W, iota, alpha, oméga, est le signe de la protection de l'Initié dans sa quête de la Connaissance et de la Sagesse, et le fouet ou le bâton est celui du pouvoir.
L'Abraxas Panthée utilisé par le Temple, généralement presque exclusivement par le maître et les hauts dignitaires, est souvent accompagné par les trois lettres grecques, qui sont alors placées non sur le bouclier mais sur le champ du sceau, et de sept étoiles figurant les sept lettres du terme Abraxas. L'exergue est toujours le même, + : SECRETVM : TEMPLI :

La maçonnerie se passionne pour l’Ordre du Temple. Le discours de Ramsay, la persistance des hauts grades chevaleresques, les traces templières en Écosse, contrée qui fut le berceau de la maçonnerie « acceptée », renforcent cet intérêt chez tous ceux qui tentent de percer le mystère de ses origines. Il est certain que le Temple fut confronté en Orient à d’autres formes de cultures et de croyances, et qu’il a triomphé de cette épreuve par un esprit de tolérance dont on mesure mal aujourd’hui combien il était novateur et révolutionnaire… ( Par Rabanmaur )

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